A propos des logiciels
d’analyse textuelle pratiqués en France
pour la recherche en
sciences sociales
1 - Bibliographie
sélective
établie par Jacques Jenny en Mars 2002, en complément de celle déjà publiée dans :
JENNY
Jacques, Méthodes et pratiques formalisées d'analyse de contenu et de discours
dans la recherche sociologique française contemporaine. Etat des lieux et essai
de classification. Bulletin de Méthodologie Sociologique (B.M.S.),
n° 54, Mars 1997, p. 64-112. LASMAS-IRESCO (CNRS).
Cet article sera mentionné ci-dessous par le sigle BMS54.
a - Articles
|
REINERT Max, Quelques interrogations à propos de l’ “objet” d’une analyse de discours de type statistique et de la réponse “Alceste”. Langage et Société, n° 90, Décembre 1999, p. 57-70. |
l’A. progresse des notions de “ proposition ” (selon Benzécri, puis selon Peirce) à la notion d’“énoncé”, compatible avec la sociolinguistique de l’énonciation. |
|||||||||||||||
|
JENNY Jacques, Pour engager un débat avec Max Reinert, à propos de la réponse “Alceste” à l’ “objet” d’une analyse de discours de type statistique. Langage et Société, n° 90, Décembre 1999, p. 73-85. |
Critique amicale de
l’article précédent, pour engager le débat et proposer d’autres critères
d’évaluation des logiciels à partir de leurs présupposés (entrée lexicale ou
non, statistique fréquentiste ou non). |
|||||||||||||||
|
LAHLOU Saadi, La modélisation de représentations
sociales à partir d’un corpus de définitions, in Martin Evelyne (éd.). Informatique
textuelle. Coll. Etudes de Sémantique Lexicale. Institut National de la
Langue Française. Paris, Didier Eruditions, 1996, p 55-98. |
Le corpus analysé (par le logiciel Alceste) est constitué de la totalité des définitions d’un grand dictionnaire concernant les mots qui se rattachent au 1er ou au 2ème degré (renvois sémantiques aux mots associés) aux deux thèmes différents que sont le manger (environ 17000 mots), d’une part, et l’information (235 mots), d’autre part. L’A. analyse par introspection les procédures et les étapes qui produisent les “bonnes” interprétations concernant les “ classes d’énoncés ” calculées par le logiciel, celles qui seront finalement publiées : essais et erreurs à la recherche du P.P.C.P. (Plus Petit Commun Paradigme) et méthode d’“abduction” (introduction subreptice de la connaissance préalable que l’analyste a du monde) autant que d’ “induction, aveugle et sourde au sens” comme le voudrait la méthode Alceste, inspirée du benzécrisme. Par ces recours nécessaires et inévitables à
l’expérience subjective, il propose un compromis pragmatique avec les
principes rigoureux du benzécrisme qui a inspiré Alceste. |
|||||||||||||||
|
WALD Paul, Classes d’énoncés, dimensions modales et
catégories sociales dans ALCESTE. Revue de sociologie et d’anthropologie Utinam,.
Paris, L’Harmattan, 1999, n° 1-2. |
Le calcul des “ classes d’énoncés ” (par Alceste) ne représente pour l’A. que la première partie de la méthode. Conscient du caractère statique de ces classes, qui dessinent des “lieux” d’énonciation habituels (les topoï ou mondes lexicaux), il mobilise d’autres ressources de la méthode Alceste : - en observant la fréquence des mots-outils de différentes catégories (exclus du calcul des classes) dans leurs u.c.e. (“ unités de contexte élémentaires ”) respectives, on peut évaluer les “postures” d’énonciation associées à ces lieux : c’est la modalisation, - en comparant au sein du corpus les lieux et
les positions d’énonciation de différentes catégories de locuteurs,
socialement situés, par un banal calcul de spécificité lexicale, on peut
repérer des registres langagiers caractéristiques de ces catégories (par ex.,
ici, l’enquêtrice elle-même, opposée aux sujets interviewés - eux-mêmes
subdivisés en deux groupes aux pratiques sociales déjà identifiées comme
différentes) : c’est la catégorisation sociale. |
|||||||||||||||
|
DERYCKE Marc, Le clivage du signe selon Benveniste, Langage
et Société, n° 70, Décembre 1994, p. 35-60. |
Statuts respectifs du mot et de la phrase dans le
discours. Cf. la notion d’usage des mots, dans leur contexte phrastique, ou
de Concordance. |
|||||||||||||||
|
BRUGIDOU Mathieu et LE QUEAU Pierre, Les “rafales”,
une méthode pour identifier les différents épisodes d’un récit. Contrib. au
traitement et à l’interprétation des entretiens non-directifs de recherche.
B.M.S., n° 64, Octobre 1999, p. 49-81. |
Analyse statistique de la “densité d’occurrence” des
mots dans les séquences successives d’un texte. Méthode incorporée au
logiciel Tropes. |
|||||||||||||||
|
ARMONY Victor, DUCHASTEL Jules et BOURQUE Gilles,
Quantitative tools for Qualitative analysis : an indicator for segment
typicallity. JADT (Journés d’Analyse des Données Textuelles), 1998. Site Web de JADT |
Méthode de calcul d’un indicateur de typicallité
pour chaque segment textuel (ici : chaque phrase) : le poids de
chaque mot dans chaque segment est comparé (par la distance du Chi-deux) à
son poids dans l’ensemble du corpus. Cette méthode peut complèter les
opérations du logiciel québécois SATO, ou de tout autre logiciel qui calcule
les occurrences de chacun des mots dans le corpus et dans chaque segment
textuel. |
|||||||||||||||
BENHADID Ilham, MEUNIER Jean-Guy, HAMIDI Saâd,
REMAKI Zira, NYONGWA Moses, Etude expérimentale comparative des méthodes
statistiques pour la classification des données textuelles. JADT, 1998. Site
Web de JADT (cf. adresse du site, plus loin). |
Comparaison des résultats obtenus par trois méthodes
de classification dont le but est identique : créer des classes de
segments textuels de contenu sémantique similaire. |
|||||||||||||||
|
HELSLOOT Niels et HAK Tony, La contribution de Michel Pécheux à l’analyse de discours. L. et S., n° 91, Mars 2000, pages 5-33. Traduit de l’anglais par Emmanuelle Cambon. |
Cf. aussi la revue Mots, n° 9, Octobre 1984, sur Michel Pécheux et l’analyse de discours. |
|||||||||||||||
|
KRIEG Alice, La dénomination comme engagement. Débats dans l’espace public sur le nom des camps découverts en Bosnie. L. et S., n° 93, Septembre 2000, pages 33-69 |
Il s’agit des “ camps de concentration ”, syntagme à valeur argumentative - avec des emplois métadiscursifs impliquant une référence au nazisme. Cet article prolonge une thèse sur les usages et contextes de “ formules ” (en référence à J.P. Faye) comme celle de “ purification ethnique ”. |
|||||||||||||||
|
SCELLES Régine, Apports de logiciels d’analyse de donnees textuelles dans les procédures d’analyse de contenu d’entretiens semi-directifs de recherche : Alceste et Hyperbase. B.M.S., n° 57, Décembre 1997, pages 25-48. |
Un exemple de confrontation de deux logiciels lexicométriques. |
|||||||||||||||
|
GUÉRIN-PACE France, La statistique textuelle; Un outil exploratoire en sciences sociales. Population, 52ème Année, n° 4, Juillet-Août 1997, pages 865-887. |
Inventaire des méthodes de statistique textuelle (en fait, principalement en lexicométrie benzécriste), de leurs emplois et des résultats qu’elles produisent - notamment pour séquences biographiques codées en alphanumérique. |
|||||||||||||||
|
CHATEAURAYNAUD Francis, Prospéro. De l’analyse du discours à la génération d’observatoires sociologiques. Document de travail polycopié. Association Doxa, Juin 1998. |
A compléter par la citation des recherches en cours, qui utilisent le logiciel Prospéro, dont : |
|||||||||||||||
|
BUREAU Marie-Christine (avec Chateauraynaud Francis), A propos des débats sur la “ nouvelle question sociale ”. Un essai d’exploration critique. C.E.E., Mars 1997 (diffusion restreinte). |
Application du logiciel Prospéro à de grands corpus textuels (document de travail). |
|||||||||||||||
|
PLISSONNEAU-BONNEAU Anne, Approches d’analyse de
contenu en sciences sociales. Essai d’étude comparative. Mémoire de D.E.A. en
sciences sociales, Paris V- Sorbonne, Août 1997, non publié. |
l’A. applique à un même corpus d’entretiens de
recherche (récits de vie profession.) la méthode dite d’“analyse structurale
de récit” (selon C. Dubar et D. Demazière, dans la tradition sémiologique),
non informatisée et la méthode d’“analyse cognitivo-discursive” (selon R.
Ghiglione, dans la tradition psycho-cognitiviste), récemment informatisée
avec le logiciel Tropes |
|||||||||||||||
|
FIELDING Nigel G.
et M. LEE Raymond, Applications of Computer Software in the Sociological
Analysis of Qualitative Data, B.M.S., n° 57, Décembre 1997,
pages 3-24. |
Reprise d’un article paru dans Current Sociology,
volume 44, n° 3, Hiver 1996 : Trend Report sur “ Advent
and Diffusion of CAQDAS ”, édité par Wilma Mangabeira. |
|||||||||||||||
|
MAKDESSI Yara, MOGOUTOV Andrei, VICHNEVSKAIA Tania,
Le choix des mots et de la langue pour parler de soi. Paris, Septembre 1999. |
Communication aux 6èmes journées scientifiques du
Réseau Lexicologie, Terminologie, Traduction de l’UREF (Beyrouth, 11-13
Novembre 1999), avec application du logiciel Réseau-Lu sur des entretiens
semi-directifs. |
|||||||||||||||
|
BRUGIDOU Mathieu et LABBE Dominique, Le discours syndical français contemporain (CFDT, CGT, FO) en 1996-98. Rapport du C.E.R.A.T., Grenoble, Février 2000, 150 pages. |
Confrontation des analyses produites par deux logiciels lexicométriques : Alceste et un autre, en cours d’élaboration. |
|||||||||||||||
|
LABBE Dominique et MONIERE Denis, Le discours
gouvernemental : Canada, Québec, France (1944-2000). Rapport du
C.E.R.A.T., Grenoble, Novembre 2001, 160 pages + 13 p. d’annexes et 4 p. de
bibliographi.e |
Analyse des
spécificités lexicales comparées (selon dix
catégories grammaticales), concluant que « les discours gouvernementaux
tendent à se ressembler de plus en plus, gommant ainsi les différences entre
les institutions et les cultures nationales. » |
|||||||||||||||
|
MAINGUENEAU Dominique, Les tendances françaises en
analyse du discours. Conférence à l’Université d’Osaka, 12 Novembre 1998. |
accès sur le site Web : http://jupiter.lang.osaka-u.ac.jp/ |
|||||||||||||||
b - Ouvrages et Numéros spéciaux de revues
Langages,
n° 132, Décembre 1998 : Cognition, catégorisation, langage, par R.
Ghiglione, J.P. Desclés, J.F. Richard et al.
Mots, revue
du Groupe de Lexicologie Politique de l’E.N.S. de Saint-Cloud. Presses de la
F.N.S.P., Paris.
(en cours d’installation à Lyon)
|
de BONVILLE Jean, L’analyse de contenu des medias.
De la problématique au traitement statistique. Paris, Bruxelles, 2000, coll.
Culture et Communication. |
Orientation dominante “ Info-Com ”, avec
développements en méthodologie statistique. |
||||||
|
GHIGLIONE Rodolphe, LANDRÉ Agnès, BROMBERG Marcel,
MOLETTE Pierre, L’analyse automatique des contenus. Paris, Dunod, 1998.
Contient un disque Cédérom de démonstration du logiciel Tropes, diffusé par
la société ACETIC. |
Ouvrage de référence du Groupe de Recherche sur la
Parole, Paris 8, publié peu de temps avant le décès de son directeur, R.
Ghiglione. |
||||||
|
MARCHAND Pascal, L’Analyse du Discours Assistée par
Ordinateur (A.D.A.O.). Concepts, méthodes, outils. Paris, A. Colin, 1998. |
Orientation dominante Psychologie sociale et
“ Info-Com ”, avec abondante bibliographie. |
||||||
|
JEANDILLOU Jean-François, L’analyse textuelle.
Paris, A. Colin, 1997. |
Orientation dominante “ Analyse
littéraire ”, avec initiation aux notions linguistiques de base. |
||||||
|
MAINGUENEAU Dominique, L’énonciation en linguistique
française. Paris, Hachette, 1994, coll. Les Fondamentaux. |
Initiation aux notions de base de la problématique
de l’ “ énonciation ”, nécessaire pour renouveler nos acquis
obsolètes de grammaire scolaire. |
||||||
|
MAINGUENEAU Dominique, L’Analyse du Discours. Paris,
Hachette 1991, nouv. édition 1997, coll. Linguistique. |
Synthèse des multiples approches de recherche qui se
sont greffées sur “ l’école française d’analyse du discours ”
depuis les années 60. |
||||||
|
SARFATI Georges-Elia, Eléments d’analyse du
discours. Paris, Nathan, coll. Linguistique. |
En format poche (série 128), pour lecteurs pressés,
avec bibliographie. |
||||||
|
PECHEUX Michel, L’inquiétude du discours. Paris,
Editions des Cendres, 1990. |
Sélection posthume de textes, présentés par Denise
Maldidier. Cf. aussi Mots, n° spécial, n° 9, Octobre 1984. |
||||||
|
BOURQUE Gilles et DUCHASTEL Jules, Restons
traditionnels et progressifs. Pour une nouvelle analyse du discours
politique : le cas du régime Duplessis au Québec. Montréal, Editions du
Boréal, 1998. |
Contient une application du logiciel québécois SATO. |
||||||
|
CHATEAURAYNAUD Francis et TORNY Didier. ,Les sombres
précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque. Paris, Eds.
de l’E.H.E.S.S., 1999. |
Contient une note de 23 pages sur le logiciel
Prospéro. |
||||||
Notre
collègue sociologue et ami Pierre Achard nous a quittés d’une mort
subite quelques mois après la publication de mes articles sur les méthodes
informatisées d’analyse de contenu et de discours. Je ne dirai jamais assez
tout ce que mon travail d’inventaire critique des logiciels d’analyse textuelle
lui doit, à lui personnellement ainsi qu’au séminaire d’Analyse de Discours et
à la revue Langage et Société qu’il animait respectivement depuis une
dizaine et une vingtaine d’années. Un numéro spécial de Langage et Société
lui a été consacré en signe d’hommage et de reconnaissance : c’est le
n° 86, Mars 1998.
Je
n’oublie pas non plus tout ce que je dois aussi à Antoine Culioli, à Josiane
Boutet, à Pierre Fiala, à la regrettée Jenny Simonin-Grumbach, à Colette
Guillaumin, à Dominique Maingueneau et à quelques autres, pour m’avoir
sensibilisé et initié aux charmes austères de la sociolinguistique de
l’énonciation.
2 - Quelques petits problèmes de Vocabulaire (parmi
tant d’autres) :
Discours (et formations
discursives, genres, types et modes, ....)
La littérature
(socio)linguistique abonde sur la question des “ genres de
discours ”, depuis Bakhtine, Todorov, Jenny Grumbach, notamment. Un numéro
spécial de Langage et Société y a été consacré, sous l’impulsion de
Sonia Branca-Rosoff (n° 87, Mars 1999 : Types, modes et genres de
discours : entre langue et discours).
Pierre Achard a problématisé
de manière originale (dans la perspective des travaux de M. Foucault et de M.
Pécheux sur les “ formations discursives ”) les relations entre
genres discursifs et registres; cette problématique était centrale dans son
projet de création d’une équipe de recherche au CNRS (SLADE = Sociologie
du Langage, Analyse de Discours, Enonciation) dont sa mort prématurée a empêché
la réalisation. L’hypothèse de base en est la suivante : “ il est
possible de mettre en rapport les activités sociales (registres) - une famille
d’actes relativement homogènes - et des contraintes de forme (les genres
discursifs) - des invariants formels motivés -, que l’on peut décrire en s’appuyant
sur la linguistique de l’énonciation ” (L. et S., n° 86,
Décembre 1998, page 69).
Analyse de/du/des
Discours
Par rapport aux expressions
usuelles et classiques d’Analyse de contenu et d’Analyse de texte, l’Analyse
Discursive peut se décliner en Analyse DE DISCOURS (où elle prend rang de
méthode transdisciplinaire, selon les conceptions de Pierre Achard, voire de
discipline à part entière, avec ses “ discursivistes ”), Analyse DU
Discours (selon la tradition française d’une sociolinguistique de l’énonciation,
dominée notamment par A. Culioli et D. Maingueneau, qui s’exprime dans le revue
Langages) ou, plus modestement, Analyse DES discours (où les discours sont
considérés comme des pratiques sociales parmi d’autres, langagières et
discursives certes mais très diversifiées - d’où l’emploi du pluriel - et
intégrées dans des paradigmes extra-linguistiques (socio., psychosocio.,
économiques, politologiques, historiques, etc...). Le langage n’y est pas
réduit au statut de simple “ outil de communication ” ni à l’inverse
la parole simplement assimilée à un acte - selon l’expression “ speaching
act ” d’Austin, et pourtant on s’accorde à y reconnaître des effets de
“ performativité ”.
Sociolinguistique et
Sociologie du langage
Sur ce débat récurrent, on
pourra consulter les contributions de J. Boutet, P. Fiala et J.
Simonin-Grumbach (Critique, n° 344, Janvier 1976), puis de Pierre
Achard dans son “ Que sais-je ? ”, n° 2720, P.U.F., 1993,
et dans de nombreuses autres publications (cf. sa bibliographie dans L. et
S., n° 86, Mars 1998), et enfin, tout récemment, de L.J. Calvet et de
G. Varro dans L. et S., n° 88, Juin 1999, de C. Canut dans L. et
S., n° 91, Mars 2000.
Corpus (textuel) : les linguistes ont une conception et une définition
précises, et opératoires, de cette notion de corpus. Cf. par ex. cette
définition de John Sinclair, 1996, citée par Benoît Habert, Adeline Nazarenko
et André Salem dans Les linguistiques de corpus, Paris, A. Colin,1997, page
144 : “ un corpus est une collection de données langagières qui sont
sélectionnées et organisées selon des critères linguistiques explicites pour
servir d’échantillon du langage ”).
En sociologie et autres
disciplines de sciences sociales on peut se permettre de définir comme corpus
tout ensemble de textes (d’origine écrite ou verbale, publique ou privée, mais
rarement exhaustifs ni représentatifs) qu’on rassemble au cours de nos
investigations de terrain (le terrain pouvant se situer dans la rue, le métro,
à la radio, à la télévision, au bistro, au boulot, comme dans les chansons, les
proverbes et autres aphorismes, dans les journaux, les livres, au Journal
Officiel, dans les textes de loi, les circulaires administratifs, sur les
affiches publicitaires murales, ...) en fonction de nos objets de recherche,
extra-linguistiques, par exemple : controverses, débats, conversations,
mouvements sociaux, pratiques et représentations sociales, concernant tel ou
tel problème ou “ fait de société ”, domaine d’action ou d’activité,
rapport social (de classe, de genre, de génération, d’ethno-culture, ...),
évolution en cours, résistances au changement, etc...
Concordances et
Correspondances : par
convention, on appelle
- Concordances de
tel mot (ou locution) d’un corpus la liste affichée/imprimée des occurrences
de ce mot dans ses contextes (à n mots près, avant et après, ou dans un
court segment textuel, tel que la phrase) : ce que les documentalistes
appellent les KWIC (Key-Words In Context). L’origine de cette pratique
est attribuée au Dominicain Saint-Chef, dans la tradition de l’exégèse des
textes sacrés où le sens des mots ne peut se lire que dans et par leurs usages
contextuels. Cf. la thèse de Magit Sekhraoui (Laboratoire de Lexicologie
Politique de Saint-Cloud), Paris, Janvier 1996, et son logiciel (ce qu’on appelle
un “ concordancier ”) baptisé Saint-Chef, cités dans mon article
BMS54.
Cette notion de Concordance
peut avoir un rapport avec celle d’ “environnement sémantique”, mais surtout
avec la conception “ socio-discursive ” moderne qui distingue les
mots du vocabulaire et leur “ mise en discours ” dans le processus
d’énonciation, là où on distinguait classiquement le contenu (lexical)
et la forme (syntaxique, rhétorique, stylistique, etc...) des énoncés.
- Correspondances le
résultat de calculs visant à fournir une représentation synthétique
(syncrétique ?) des liens statistiques observables dans les
“ tableaux lexicaux ”, où chaque ligne représente un fragment de
corpus (ex. un éditorial de presse écrite, une partie thématique d’entretien semi-
ou non-directif) et chaque colonne une “ forme lexicale ” (ex. un
mot, une locution). Dans le contexte méthodologique franco-français, ce sont
les techniques de calcul de Benzécri (A.F.C., A.C.P., etc...) qui dominent
largement. Ces techniques exigent la solution préalable des problèmes de
“ découpage du corpus ” en fragments textuels, d’une part, et de
l’éventuelle agrégation des mots (par lemmatisation/stemmatisation/synonymie,
etc...), voire de l’élimination optionnelle de certains mots, dits vides, d’autre
part.
Activité psychocognitive :
où il est question (selon Kintsch et Van Dijk, cités par R. Ghiglione) des
activités cognitives et mnémoniques fondamentales qui présideraient à toute
production et compréhension langagière, telles que nos capacités de garder en
mémoire tant de mots déjà prononcés et d’anticiper tant de mots à prononcer.
Analyse des Données : terme générique, abusif lorsqu’il désigne
implicitement la seule méthode d’analyse benzécriste qui domine en France (car
il y a d’autres manières d’analyser des données multidimensionnelles), auquel
je préfère la désignation techniquement plus correcte d’analyse
spectrale-factorielle (le spectre des facteurs additifs correspondant à la
décomposition de la lumière blanche composite à travers le prisme, le calcul
matriciel opérant ici comme un prisme).
Types et Classes (d’objets, d’individus statistiques) : j’ai
utilisé l’expression de types homogènes calculés là où Alceste parle de classes
(dans le calcul des classes d’u.c.e. : unités de contexte élémentaire). Au
delà des conventions de vocabulaire, il faut bien distinguer les agrégations
calculées par des procédures (“ fréquentistes ”) de classification
automatique et celles que construit le recours (“ intuitionniste ”)
aux grilles d’analyse paradigmatique a priori du chercheur.
Cf. Types homogènes calculés et/ou Classes significatives
construites : réflexions épistémologiques sur les modes de traitement de
la complexité, in Enquêtes statistiques et Indicateurs de pratiques
familiales. Collectif, Paris, 1989, CNRS-IRESCO : p. 67-76.
Entrée lexicale : désigne la dimension principale, sinon unique (ici, la dimension lexicale), selon laquelle une méthode logicielle aborde l’analyse des corpus textuels. Que tout logiciel doive commencer par établir la liste des occurrences lexicales (liste des “mots” ou locutions, qu’on appelle le lexique, ou le vocabulaire, du corpus) - selon l’ordre alphabétique des mots, pour la commodité des recherches, et selon leur rang de fréquence décroissante (du plus employé aux “hapax”), cela ne justifie pas qu’il en reste à ce “niveau discursif” élémentaire. Si, en outre, un logiciel exclut de cette liste les mots dits vides, ou “mots-outils”, cela manifeste qu’il est prisonnier de ce que j’appelle le “paradigme des mots-clés” chers aux documentalistes - selon lequel la sélection des mots (ou locutions) “descripteurs” les plus pertinents et leur simple juxtaposition suffirait à “résumer” le sens du texte. Or si l’on veut faire plus et mieux que de l’analyse documentaire, ou de l’analyse “de contenu”, on ne peut négliger les autres “facettes” de l’organisation langagière-discursive complexe - quelle que soit par ailleurs la sophistication des techniques statistiques ou graphiques mobilisées pour décrire la combinatoire booléenne des mots, les correspondances factorielles et les spécificités lexicales, les réseaux de mots associés, etc...
3 - Quelques sites Web et séminaires de recherche
ouverts
JADT (Journées d’Analyse des Données
Textuelles) :
http://134.59.31.1/~brunet/PUB/JADT (adresse à vérifier)
On y trouvera la plupart des communications des Journées JADT de 1998, 2000 et 2002 (15 et 16 Mars à Saint-Malo), où se retrouvent les principaux pratiquants des “ Statistiques Textuelles ”, au-delà des seuls benzécristes qui dominent le paysage franco-français, par exemple : en provenance du Québec, V. Armony, J. Duchastel et G. Bourque (cf. article cité ci-dessus); J.G. Meunier et ses coéquipiers (cf. article cité ci-dessus); en provenance d’Italie, S. Bolasco et A. Morrone; mais aussi plusieurs collègues français qui investissent dans une gamme de méthodes diversifiées (dont M. Brugidou, D. Labbé, V. Beaudoin, etc…).
GRAM – Groupe de Recherche sur l’Analyse de discours des Medias, avec un groupe de discussion sur Internet (responsables Alice Krieg <krieg@univ-paris12.fr> et Hélène Cardy <cardy@univ-paris8.fr>) :
http://fr.groups.yahoo.com/group/legram où circulent, notamment, les textes se rapportant au thème de leur dernière rencontre interdisciplinaire des 15 et 16 Mars 2002 à Paris (Rapports de l’analyse de discours des medias avec la sociologie et la psychologie sociale)
CEDP – Centre d’Etude du Débat Public, Université François Rabelais de Tours, qui organise, notamment, les 3 et 4 Juin 2002 un séminaire de recherche sur « du traitement du discours dans des recherches en communication » :
http://www.univ-tours.fr/recherche/lab17.htm
Séminaire de recherche sur l’Analyse de Discours, Maison des Sciences de l’Homme, Paris.
Contact : <francois.leimdorfer@printemps.uvsq.fr>
http://www.hum.uva.nl/~teun/
“ Text
analysis resources ”, compiled by
Harald Klein (Sciences sociales, Rudolstadt, Germany) :
http://www.intext.de/textanae.htm
Catalogue
de la plupart des logiciels d’analyse textuelle pratiqués dans le monde, avec
descriptifs sommaires et coordonnées de leurs auteurs - où l’on ne trouve que
deux logiciels d’origine française (Alceste et Spad-T). 45 pages.
Sociological Research Online :
http://www.socresonline.org.uk/socresonline/3/3/4.html
Article en ligne de
Christine A. Barry (1998) : Choosing Qualitative Data Analysis Software.
Atals/Ti and Nudist Compared. 15 pages.
Equipe Lexico - ILPGA, Sorbonne Nouvelle Paris 3 (André Salem, Serge Fleury, ...) :
Télédéchargement du logiciel Lexico3 par : http://cavi.univ-paris3.fr/ilpga/ilpga/tal/lexicoWWW/
Accès aux articles de la revue Lexicometrica par : http://cavi.univ-paris3.fr/lexicometrica
Réseau ARCATI (Atelier-Réseau Coopératif pour Analyses Textuelles Informatisées), fondé en 1999 par M. Hassini et J. Jenny, et animé depuis Octobre 2001 par Anne Plissonneau et Catherine Horlaville, Iresco – Paris. Site Web en cours de création à l’Iresco.
Contacts : <anneplis2@wanadoo.fr> et <catherine.horlaville@univ-paris8.fr>
Concernant
d’autres logiciels ou groupes de recherche ou organismes :
|
TROPES (Sté ACETIC) |
http://ourworld.compuserve.com/homepages/acetic/ |
|
HYPERBASE (Etienne Brunet) |
http://ancilla/unice.fr/ |
|
SPHINX (et module Lexica) |
http://www.alma.fr/sphinx/ |
|
SPAD-T (C.I.S.I.A.) |
www.cisia.com/Logiciel/spadt.htm |
|
LATL |
http://latl.unige.ch/latl/ |
|
Analyse syntaxique |
http://www.lli.univ-paris13.fr/ |
|
GRIMMER Logiciels |
www.grimmersoft.com (logiciels Neurotext et Wordmapper) |
|
MODALISA (Sté Kynos) |
www.modalisa.com (module Interviews) |
|
RESEAU-LU (Andrei Mogoutov) |
www.aguidel.com (Gestion de Bases de Données Relationnelles) |
|
WEBLEX (ex.Lexploreur - S. Heiden) |
http://lexico.ens-lsh.fr/doc/weblex/index.html |
|
EVOCATION 2000 (Pierre Vergès) |
vergesp@mmsh.univ-aix.fr |
|
Q.S.R. (Tom Richards) |
tom@qsr.com.au (logiciels Nudist et Nvivo, Australie) |
|
INTEXT (Harald Klein) |
www.intext.de (cf. ci-dessus : Text Analysis Resources) |
|
Sage Publications |
http://www.sagepub.co.uk (doc. Commerc. sur logiciels étrangers) |
|
Social Research Update (U. de Surrey) |
http://www.soc.surrey.ac.uk/sru/ (revue de sociologie en ligne) |
|
INaLF et Base de Données Frantext |
http://www.ciril.fr/INALF/ (catégoriseurs morphosyntaxiques) |
(Nota : l’exactitude des adresses ci-dessus n’est pas
garantie, même à la date d’aujourd’hui – 29 Mars 2002)
Autres publications récentes (de J.J.) ayant un rapport indirect (mais réel) avec le sujet traité ici :
JENNY Jacques, Un nouveau paradigme pour penser le
changement ? le processus d' individuation transductive, selon Gilbert
Simondon. Les Cahiers de l'Implication, n° 1 - Groupe de Sociologie
Institutionnelle, Université de PARIS 8, Département des Sciences de
l'Education, Hiver 1997/98, pages 31-44.
JENNY Jacques, Introduction à un numéro spécial de la revue Utinam, consacré aux appariements entre Questionnaires et Entretiens face aux trajectoires biographiques : Quelles logiques de recherche ? à paraître.